A l’occasion du deux-centième anniversaire de sa mort, j’ai retracé le parcours de Pierre François Accarias, même s’il n’a pas de lien avec ma famille (pour plus d’informations sur les différentes branches Accarias, c’est par ici).
Pierre François Accarias naît à Mens le 24 mai 1755. Son père, Pierre Accarias, est Notaire du Roy à Mens et à Saint-Maurice-Lalley et sa mère, Dauphine Provensal est originaire de Laragne (Hautes-Alpes). Issu d’une famille catholique, il est baptisé le 28 mai – ce qui semble assez tardif pour l’époque – dans l’église paroissiale de Mens. Son parrain est Pierre Pelissier, notaire au Monestier-du-Percy, et sa marraine Françoise Bontoux, veuve d’Antoine Provensal, sa grand-mère maternelle.
Au total, ses parents ont eu quatorze enfants, dont au moins neuf ont atteint l’âge adulte. La fratrie compte notamment un curé, un chanoine, trois négociants et deux filles célibataires et rentières.
Pierre François s’inscrit dans les pas de son père, qui abandonne sa charge à Mens à son profit (mais reste notaire à Saint-Maurice-Lalley jusqu’en 1790). Ainsi, il n’a que 22 ans lorsque le roi Louis XVI lui confie le 29 janvier 1777 « l’Office de notaire royal en la paroisse de Mens en Dauphiné que tenoit et exerçoit le Sieur Pierre Accarias son père ». Il n’a pas encore les 25 ans requis, mais le roi lui accorde une dispense.
Il dresse son premier acte le 6 mars de la même année et ne quitte ses fonctions que quarante-trois ans plus tard. Les Archives Départementales de l’Isère conservent autant de minutiers reliés de cuir contenant les quelques 15 137 actes qu’il a rédigés au cours de sa carrière.

Le 19 octobre 1784, il se marie en l’église des Cordeliers de Die (Drôme). Le prêtre n’est autre que son propre frère Joseph Accarias, curé de Chamaloc, petite paroisse toute proche. Il épouse Louise Catherine De La Morte Félines, dont le père est notaire royal et procureur au bailliage de Die. Elle décède en 1799, « en donnant le jour à son onzième enfant, une fille mort-née ». Cinq de leurs enfants ont atteint l’âge adultes – quatre garçons et une fille.
La Révolution française éclate et je suppose que c’est à cause (ou grâce à) une mesure prise sous la Terreur que son signalement daté du 20 mai 1793 est conservé dans les archives communales de Mens (et cité par Pierre Béthoux) :
Le Citoyen Pierre François Accarias notaire public en cette ville, âgé de trente-huit ans, taille de cinq pieds trois pouces [soit 1,70 m], cheveux et sourcils châtain, yeux gris, front découvert, menton rond, demeurant actuellement à Mens dans la maison appartenant à la citoyenne Prébois.
Il est nommé adjoint au maire de Mens Daniel Pellissier (protestant) à partir du mois de Fructidor de l’An VIII (août 1800) ; en cette époque de restauration de la monarchie (constitutionnelle), les maires des communes de moins de 5 000 habitants sont nommés par les préfets. C’est pendant qu’il est en fonction que sont construites les trois fontaines publiques du bourg, aujourd’hui protégées au titre des Monuments historiques.
Il reste à ce poste pendant quinze ans, y compris pendant les Cent-Jours, période de 1815 où l’empereur Napoléon Ier est revenu au pouvoir. Il est notamment chargé de dresser les actes de l’état civil. Le 18 juillet 1815, il signe son dernier acte de naissance en tant qu’adjoint et, deux jours plus tard, son premier en tant que maire. La population mensoise est alors d’environ 1 900 personnes (contre 1 415 en 2023).
Le 19 juillet 1820, il a 65 ans lorsqu’il est prête serment en tant que juge de paix du canton de Mens, ce qui l’oblige à quitter ses fonctions de notaire et de maire, incompatibles avec sa nouvelle charge. L’office notarial est repris par son fils Joseph Ferdinand Accarias et le fauteuil de maire par Joseph Lancelot Bermond (catholique).
Le 4 septembre de la même année, il achète pour quinze mille francs à Charles-Marie de Roux Déagent, comte de Morges, le domaine appelé « Le Collet », situé au sommet du col entre Mens et Saint-Jean-d’Hérans et « composé de maison de maître, autres bâtiments ruraux, cour, placage, jardin, prés, terres et bois ». Autrefois propriété des Vulson, famille protestante influente dans la région, le domaine était à la Révolution aux mains de Pierre-François de Roux Déagent, comte de Morges – père du vendeur, issu d’une famille protestante convertie au catholicisme et figure majeure du Dauphiné, notamment comme Conseiller chevalier d’honneur au parlement de Grenoble, mais aussi élu député de la Noblesse aux États généraux de 1789. Plus de 500 parcelles de terres et biens immobiliers lui appartenant sont saisis comme biens nationaux et vendus aux enchères en 1795 ; ses fils en ont racheté une partie quelques années plus tard et plusieurs de ces transactions ont été conclues devant le notaire Pierre François Accarias, avec qui on devine que la famille de Morges entretenait de bons rapports.
Au fil du temps, le col a fini par prendre le nom de son nouveau propriétaire et s’appelle désormais Col Accarias.

Le 17 octobre 1822, Pierre François Accarias rencontre un confrère grenoblois pour coucher ses dernières volontés sur papier. Sur trois pages et demi, il lègue 300 F pour les pauvres de Mens et prévoit la répartition de ses biens, attribuant des avantages préciputaires à trois de ses enfants, Antoine Calixte, Joseph Ferdinand et Pierre Augustin – les deux autres, Hyppolite et Clotilde, n’étant tout simplement pas mentionnés. Il insiste également : « il ne doit point être question de la valeur du titre de notaire que j’avais à Mens et que j’ai transmis à mon fils Joseph Ferdinand, attendu que celui-ci m’en a fait raison ».
On perçoit que sa santé décline : une semaine plus tard, il signe son dernier acte en tant que juge de paix. Pendant les quelques mois suivants, c’est son suppléant Jean Pierre Fluchaire qui officie, avant que son fils Pierre Augustin Accarias ne reprenne la fonction à partir de février 1823.
Pierre François Accarias meurt à Mens le 5 avril 1826 à midi, à l’âge de 70 ans. Son petit-fils raconte qu’il était aveugle depuis plusieurs années. Il a sans aucun doute été inhumé dans le cimetière catholique de Mens mais, deux siècles plus tard, sa sépulture a disparu.
Sa succession est enregistrée le 2 octobre par le receveur de l’enregistrement de Mens, qui n’est autre que son fils Hyppolite. Elle se compose de biens mobiliers pour 62 560 F et immobiliers pour un capital de 30 000 F.
Le domaine du Collet, « consistant en maison d’habitation, bâtiments ruraux, basse cour, jardin, prés, terres, bois et hermes, capitaux de bestiaux, attraits d’agriculture, non affermé, produisant un revenu annuel de 950 F », est réservé pour l’aîné Antoine Calixte, procureur du roi au tribunal civil de l’arrondissement de Grenoble. Il appartient aujourd’hui encore à ses descendants.
Deux maisons – appelées « maison neuve » et « maison vieille » – avec écurie, basse-cour et jardin, situées places du Grand et du Petit Breuil à Mens, ainsi que des prés et terres à Mens et des vignes à Prébois sont pour le cadet Joseph Ferdinand, notaire à Mens. Après sa mort, la « maison neuve » a continué d’être la maison des notaires puis a été rachetée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par la commune, qui projetait d’y installer des services publics ; elle abrite aujourd’hui l’Auberge de Mens.
Enfin, une vieille écurie, avec deux chambres au premier étage et grenier à foin au-dessus, revient au troisième fils Pierre Augustin.

Sources :
ACCARIAS Joseph. Généalogie de la famille Accarias. 1886. 1 cahier, 37 p. Collection privée (l’auteur était le petit-fils de Pierre François Accarias).
Archives Départementales de l’Isère, Saint-Martin-d’Hères :
– Série 9NUM/AC226A : Registres paroissiaux et d’état civil de Mens (en ligne)
– 3 E 8893 : Minutes de Joseph Louis Charles CHUZIN, notaire à Grenoble : Testament de Pierre François ACCARIAS. 17 octobre 1822
– 3 E 14852 : Minutes Pierre François ACCARIAS, notaire à Mens. 1777-1780
– 3 E 15071 : Minutes de Joseph BENOIT-DUPERIER, notaire à Saint-Baudille-et-Pipet. Vente par Charles Marie de Roux Déagent, comte de Morges, à Pierre François ACCARIAS, du domaine du Collet, 4 septembre 1820. Pièce n°160.
– Sous-série 15 M : Préfecture, Maires et adjoints
– Sous-série 16 M : Préfecture, Municipalités
– 2 O 226/4 : Préfecture de l’Isère : Bureau des affaires communales, Mens. Administration communale : Fontaines (1808-1894)
– 1 Q 581 : Département de l’Isère. Liquidation de l’indemnité accordée aux émigrés après la Révolution. Dossier de Roux Déagent François Pierre, comte de Morges
– 3 Q 13/215 : Bureau de l’enregistrement de Mens. Déclarations de mutations par décès : Succession de Pierre François ACCARIAS. 2 octobre 1826. N°421
– 9 U 1324 : Justice de Paix du canton de Mens : jugements civils (1822-1828)
– 2598 W 255 : Matrice des propriétés foncières de Mens (1835-1914)
– 5998 W 110 : Préfecture de l’Isère : Bureau des affaires communales, Mens. Biens non bâtis et revenus communaux : Acquisition de l’immeuble Perret pour l’installation de services publics (1946-1952).
Archives nationales, CARAN, Paris. V/1/487, pièce 292. Lettre de provision d’office de Pierre François ACCARIAS. 29 janvier 1777.
BETHOUX, Pierre. Histoire des Protestants de Mens et du Trièves (1530-1792). 1995. p. 1 022.
Immeubles protégés au titre des Monuments Historiques – Ministère de la Culture (en ligne, consulté le 5 avril 2026)
Wikipedia : Mens : Démographie (en ligne, consulté le 28 février 2026).
